h.1 Les percussions digitales afro-cubaines

Du tonneau au tambour

Les premières congas ont été construites par les esclaves africains nouvellement conduits dans le "Nouveau Monde" par les colons lors de la traite négrière. Ces esclaves déracinés de force n'en avaient pas pour autant renié leurs rites et coutumes traditionnels, qu'ils soient sacrés, ou profanes. C'est avec les seuls matériaux dont ils disposaient qu'ils durent construire leurs premiers tambours : les barriques ayant servi à la conservation des aliments nécessaires à la subsistance pendant le voyage. Les barriques, ou tonneaux étaient utilisés pour la conservation des denrées aussi bien solides que liquides. Le principe d'étanchéité, d'herméticité permet une conservation longue et de qualité. Ainsi les cales des navires se trouvaient lestées de barriques de viandes et poissons en salaison, ainsi que d'alcools. Pour l'anecdote, c'est de ce fait historique que remonte l'origine du calcul de la contenance d'un bateau dont l'unité de mesure est le tonneau.

L'élevage d'animaux rendit possible l'approvisionnement de la peau qui fut tendue sur une barrique dont les fonds avaient été retirés. Ainsi était né le premier tambour qui plus tard inspira la construction des congas tel qu'on les connait aujourd'hui.

Les congas

Les tambours que l'on nomme communément "congas" nous viennent d'Amérique latine. Ces percussions traditionnelles portent parfois un nom qui correspond à la partie rythmique et musicale qui doit être jouée dessus. C'est pourquoi, il est fort à parier que ce nom générique issu des États-Unis résulte d'une confusion entre le genre musical traditionnel intitulé "la conga", et l'instrument sur lequel est joué cette rythmique.

A Cuba, la tradition voulait que chaque percussionniste ne joue que d'un tambour -appelé tumba ou tumbadora- en même temps. C'est la réunion des différentes parties rythmiques et musicales qui formait la mélodie générale, et la richesse induite par le principe de polyrythmie. Les chants et les danses sont souvent intimement liés à ces parties percussives, et viennent parfaire la générosité des musiques traditionnelles.

Le fait de voir des percussionnistes jouer seuls l'intégralité, ou un condensé des parties anciennement jouées à plusieurs, est assez récent, et d'une démarche moins traditionnelle. Cette orchestration résulte du travail et de l'influence de certains congueros qui ont permis grâce à leur dextérité et leurs connaissances en musique traditionnelle de faire évoluer certains styles musicaux.

Les batas

Les batas sont des instruments de musique utilisés de façon traditionnelle, exclusivement dans un contexte religieux. Ils accompagnent les cérémonies religieuses de la Santeria, qui est la plus importante société religieuse à Cuba. Il s'agit d'une famille composée de trois instruments d'apparence identique, mais de taille différente. Le nom de "famille" s'apparente bien à ce type de tambours où nous distinguerons : la femme, l'homme et l'enfant. Il n'est pas étonnant que dans ce contexte religieux, les tambours soient empreints de symbolisme.

Cet héritage culturel étant de nature religieuse, a imposé à cette musique un cadre très structuré, et à induit un immobilisme qui nous permet, aujourd'hui, d'avoir accès à ce répertoire musical ancestral. La langue utilisée pour ces chants religieux est le yoruba, qui est la langue des esclaves africains provenant du Nigeria et du Bénin. L'instrument en lui-même n'a que très peu évolué à travers les âges. La seule différence subsiste dans l'utilisation de mécaniques qui viennent remplacer le système de laçage, de tressage confectionné à l'aide de boyaux séchés, qui permettait aux peaux d'avoir la tension souhaitée.

  • L'Iya

L'Iya symbolise la mère, la féminité, et se trouve être le plus gros des trois tambours. Il est celui qui coordonne les autres, annonce l'évolution des chants et des parties rythmiques. Ce tambour est celui des trois qui nécessite la plus grande dextérité. C'est aussi par l'intermédiaire de ce tambour que le phénomène de transe -qui est une communication directe entre le croyant et une divinité- peut s'accomplir.

  • L'Itotele

L'Itotele représente le père, la masculinité. Il répond musicalement à l'iya, et a en ce sens une position d'intermédiaire entre la mère et l'enfant. Sa taille au sein de cette famille d'instruments est relative à son rôle. Il est donc moins volumineux et ventru que l'iya, et plus que l'okonkolo.

  • L'Okonkolo

L'Okonkolo est le plus petit de ces trois instruments. Il représente l'enfant au sein de cette famille ; il est celui dont les parties sont les plus simples à jouer, et donc le premier à être étudié par les novices.

Les bongos

Les bongos sont des instruments cubains composés de deux petits fûts en bois reliés l'un à l'autre, d'une hauteur similaire, mais d'un diamètre différent. Ces tambours sont recouverts d'une peau animale très fine permettant d'obtenir un son sec et aigu. La différence de diamètre de ces tambours facilitera l'obtention d'un son très aigu pour le petit fût appelé "macho", et d'un son plus grave pour le plus gros des deux tambours appelé "hembra". Vous remarquerez encore une fois le symbolisme faisant apparaître l'homme et la femme au sein de cette famille de tambours populaires.

Les bongos ont été découverts grâce à un style musical originaire de Santiago de Cuba : le "son". Les premiers groupes ayant illustré ce style musical étaient composés d'un "tres" -sorte de petite guitare cubaine-, d'une contrebasse, et de bongos.

Le concept de clave

On ne peut se permettre de parler de tambours afro-cubains, sans aborder cet instrument incontournable que l'on appelle la clave, et qui est composé de deux morceaux de bois que l'on frappe l'un contre l'autre. Le nom de "clave" désigne aussi bien le nom de l'instrument que celui du rythme qui est joué dessus. Il s'agit d'un ostinato rythmique qui sert de clé de voûte, de point de repère à tous les styles musicaux afro-cubains. La clave peut être ,en fonction du style musical évoqué, soit ternaire, soit binaire.

Au sein des claves binaires subsistent deux types de claves que l'on appelle "clave son" et "clave rumba". La différence qui les caractérise est le retardement d'un élément de cette cellule rythmique.

Cette cellule rythmique peut être inversée, et propose alors un univers musical bien différent. Le choix du type de clave dépend d'une part de la tradition, du style musical dont il s'agit, et d'autre part d'un choix artistique. Il permettra à tous les musiciens d'avoir la même démarche musicale.

Les différents styles musicaux dans lesquels la conga est présente à Cuba

  • La rumba

La rumba est un style musical populaire qui met en scène les problèmes de la vie quotidienne.

Les rumbas, qu'elles soient binaires ou ternaires, lentes, ou rapides sont traditionnellement accompagnées de tambours. Les congas utilisées sont au nombre de trois minimum, permettant aux deux premières de créer une base rythmique sur laquelle peut improviser le troisième percussionniste. Ce style musical est toujours accompagné de chant et de danse. La section rythmique est bien sûr renforcée par la présence de la clave et celle des "katas".

Les noms des tambours utilisés pour la rumba sont les suivants : Le salidor, pour la partie grave ; le "tres dos", pour la partie médium ; et le quinto, aigu, pour l'improvisation.

Aujourd'hui, à Cuba, de nombreux groupes de rumba ont fait évoluer ce style, et jouent de la "rumba cajon". Chaque musicien dispose alors d'un tambour et d'un cajon qu'il doit jouer simultanément. C'est la réunion de ces différents éléments, qui constituent cette "machine de guerre" en perpétuelle évolution que l'on nomme "rumba cajon". Ecoutez au plus vite Yoruba Andabo, et Clave Y Guaguanco, qui vous donneront un aperçu de ce style musical haut en couleur!

  • La "salsa"

Ce que l'on appelle "salsa", est un courant musical né à Cuba un peu avant 1930. Comme l'indique son nom qui veut dire "sauce", ce type de musique populaire est issu principalement d'une fusion de deux genres musicaux que sont le Son Montuno et le Mambo. Cette association de styles est enrichie d'influences de son, de rumba, de danzon, de guaracha... C'est donc de cette mixité que naquit un véritable courant musical aujourd'hui très apprécié de tous pour son coté festif.

On put voir apparaitre grâce à ce style des formations de composition bien diverse, mais on peut dire, de façon non exhaustive que la section rythmique est composée d'une basse ou contrebasse, piano, congas, bongos et timbales, et que la section cuivre comporte bien souvent trompettes et trombones, parfois des saxophones, ou encore flûtes traversières et violons pour les formations de type charanga.

Des chants viennent bien sûr couronner le tout grâce à un chant "Lied", le soneros, et un choeur. La danse va de paire avec ce courant musical joyeux, et a su développer une spécificité toute particulière. Vous pourrez, par exemple, écouter Manolito y su Trabuco, Maraca, NG la Banda, ou encore Los Van Van, qui illustrent à merveille ce style musical.

  • La comparsa

La comparsa est un style de musique populaire cubaine qui est joué lors du carnaval. Originaire de Santiago de Cuba, ce style déambulatoire, donc itinérant s'est colporté, et n'a pas tardé à égayer le carnaval à La Havane. Cette musique de fête est bien sûr accompagnée de costumes, de danses, de chants traditionnels, et de chars. Nous distinguerons deux types de comparsas : la comparsa orientale et la comparsa occidentale. La première est facilement reconnaissable grâce à son utilisation d'une bombarde chinoise d'un son très particulier.

Ces groupes de musique atypiques sont traditionnellement composés d'une section rythmique regroupant congas, poêles à frire, fers de bêche, enjoliveurs ou tambours de voiture -ou tout autre objet de récupération jugé intéressant pour ses capacités acoustiques- aujourd'hui remplacés par des cloches appelées "campana".

Sonorité et tessiture

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